Aide à domicile : impact des politiques publiques sur la santé des salariés et réponses innovantes d’associations


06/10/2009

Les conclusions d’une étude sur la santé des salariées du secteur de l’aide à domicile ont été présentées par leurs auteurs Annie Dussuet, sociologue, et Henry Noguès, économiste, de l’Université de Nantes 1, dans le cadre des XXIX e journées de l’Association d’économie sociale, le 17 septembre. Elles révèlent en quoi les politiques publiques ont un impact sur la santé du personnel de ce secteur et comment grâce à une organisation du travail adaptée des associations ont pu protéger la santé de leurs salariées.


Basée sur des études de terrain réalisées dans plusieurs associations des Pays-de-la-Loire, cette étude montre tout d’abord les difficultés du métier d’aide à domicile :

puceviolette vieillissement des salariées, dont une grande majorité de femmes arrivées dans l’aide à domicile dans une deuxième partie de leur carrière, après d’autres emplois éprouvants dans d’autres secteurs d’activité,

puceviolette atteintes à la santé, TMS, inaptitudes,

puceviolette stratégies de préservation de la santé passant par le recours à des temps partiels,

puceviolette faiblesse des droits à la retraite, du fait des bas niveaux de revenus et de carrières chaotiques,

puceviolette nombreux déplacements, avec le véhicule personnel (350 à 500 km par mois et par personne dans les associations enquêtées), entraînant des risques d’accidents, de la fatigue, un allongement de la journée de travail,

puceviolette « banalité » des gestes professionnels, conduisant à une « invisibilité du travail », d’où des jugements dévalorisants, un découragement, des incertitudes sur les limites de l’intervention,

puceviolette Importance de la « tâche relationnelle », qui provoque un véritable plaisir et un sentiment d’utilité sociale, mais aussi une difficulté à conserver une distance professionnelle et à définir clairement les limites de ce qui peut leur être demandé.


Cette étude démontre, et c’est ce qui en constitue un de ces principaux intérêts, que « face à ces risques, les modalités d’emploi ne sont pas neutres ». Certaines modalités d’organisation directement liées aux politiques publiques ont un impact fort sur les conditions de travail :

puceviolette La tendance à privilégier l’emploi direct se répand,

puceviolette Le fractionnement et l’intensification du travail sont également des conséquences des choix budgétaires,

puceviolette Le recours à des salariés qualifiés dans les seuls cas où cela est indispensable amène une fragmentation accrue du travail et une intensification pour les salariés les plus qualifiées.


L’autre grand intérêt de cette étude réside dans l’analyse du « rôle majeur des organisations ». Ainsi, des pratiques des associations qui protègent concrètement la santé des salariées ont été observées, analysées et décrites.
Les principaux dispositifs de prévention des risques sont :

puceviolette L’élaboration des plannings en tenant compte de la nécessaire variété des tâches pour les aides à domicile, de la répartition de la charge de travail, des week-ends, en allongeant les durées d’intervention, limitant les déplacements…

puceviolette Une prescription, des normes de travail et de relations aux personnes aidées qui « autorisent à limiter le travail », et une présence de l’encadrement comme « tiers » lorsqu’il faut redéfinir les limites de l’intervention de l’aide à domicile.

puceviolette Des réunions techniques (d’élaboration des plannings) qui permettent un échange sur les difficultés rencontrées dans le travail.

puceviolette Le développement de formations collectives qui sont également des lieux d’échange sur le travail.

puceviolette La mise en place de dispositifs de « soutien professionnel » sur le temps de travail, avec un psychologue, non obligatoires.



1. « Quel est l’impact des politiques sociales sur la santé des salariées intervenantes à domicile », A. Dussuet, H. Noguès, Emploi et politiques sociales – Défis et avenirs de la protection sociale, L’Harmattan, 2009.