En débat : les atouts des entreprises de l’ES face à la crise


28/01/2010

Quels sont les atouts des entreprises de l’économie sociale face à la crise ? Tel était le thème de la conférence sur l’économie sociale (la deuxième du genre) qui s’est tenue à Paris le 26 janvier, organisée par le Ceges (Conseil des entreprises, employeurs et groupements d’employeurs de l’économie sociale) et Les Echos avec la Caisse d’épargne et le cabinet Pricewatercoopers, et dont Chorum, avec l’ARF, le Crédit coopératif, l’Avise, le CJDES, etc., était partenaire. Une thématique délicate à l’heure des diminutions des budgets publics pour les associations, où l’économie de l’aide à domicile souffre et où le monde des mutuelles d’assurance rencontre quelques difficultés, comme l’ont indiqué plusieurs intervenants.


Réunis pour une journée, les 200 participants qui ont assisté aux débats auront été prévenus d’entrée de jeu par le président du Ceges, Gérard Andreck, qui introduisait la conférence et qui n’a pas mâché ses mots : « L’économie sociale a besoin d’un électrochoc pour se rendre compte de ses nombreux atouts », c’est pourquoi la création d’un « Medef de l’économie sociale » pourrait être utile, mais cette initiative devra venir de la part des différentes composantes de l’économie sociale (Associations, coopératives, mutuelles). Mais, poursuit le président du Ceges, « on peut constater qu’elles ont une culture du pré-carré ». Il faut, a-t-il ajouté, par ailleurs que « l’économie sociale sorte aussi de sa timidité et apprenne à parler d’elle-même ».
Une fois ce constat posé, sévère, mais lucide et cette exhortation plus que nécessaire pour la reconnaissance de l’économie sociale, les tables rondes de la conférence se sont attachées à expliquer les spécificités de la gouvernance de l’économie sociale ; en quoi l’économie sociale résiste-t-elle mieux à la crise ; pourquoi choisit-on le modèle de l’économie sociale ; et quelles différences rencontre-t-on dans les entreprises de l’économie sociale ?

Lors du premier débat sur les spécificités de la gouvernance de l’économie sociale, ont été notamment rappelés deux points essentiels qui constituent des obstacles à la visibilité du secteur : tant qu’il n’y aura pas de statut européen pour les fondations, associations et les mutuelles, la Commission européenne ne donnera que des réponses parcellaires à des sujets qui traversent pourtant l’ensemble des structures du secteur des pays de l’Union européenne ; et tant que l’économie sociale ne fera pas davantage l’objet de cursus de l’enseignement universitaire, sa connaissance et son attractivité resteront marginales.

Au cours de la table ronde sur la crise et l’économie sociale, PriceWaterhousecoopers et la Caisse d’épargne ont donné un certain nombre de chiffres précis sur la situation du secteur, tout en constatant au cours de leurs enquêtes que, malgré la crise, il n’y a pas eu d’effondrement des entreprises de l’économie sociale. Cependant, la crise n’est pas finie, ont-ils rappelé et les « grands clients » des budgets publics de l’économie sociale risquent d’en ressentir les effets. Même inquiétude du côté de l’Avise (Association de valorisation des initiatives socio-économiques) qui a constaté un taux de sinistralité plus important, mais fluctuant depuis de le début de la crise. Le Coorace a proposé des solutions, l’avenir de l’économie sociale passant, selon eux, par un maillage au sein d’un territoire et un rapprochement avec les PME et les TPE. Il a aussi été rappelé que le soutien des politiques locales était essentiel pour la réussite du secteur, comme en témoignent les résultats obtenus en Languedoc Roussillon où une politique volontariste est mise en œuvre depuis cinq ans.

Le débat consacré à « pourquoi choisir le modèle de l’’économie sociale ? » aura été l’occasion d’écouter des témoignages de personnes qui travaillent au sein de l’économie sociale et ce d’ailleurs pas toujours pour des raisons militantes, et d’aborder assez longuement la question – sans y apporter véritablement de réponses – des statuts de l’économie sociale : sont-ils essentiels pour déterminer l’appartenance à la sphère de l’économie sociale ?, alors que des initiatives d’entrepreneurs « socialement engagés » existent et se développent dans des structures entrepreneuriales classiques dont le statut peut être une SA ou une SARL ?

Au cours de la dernière table-ronde dont le thème traitait des différences dans les entreprises de l’ES ont été notamment évoqués la pertinence des modèles des entreprises de l’ES, avec notamment l’exemple de Biocoop illustrant l’implication des salariés, les distributeurs et le consommateurs dans une même société. Puis, l’Usgeres (Union des syndicats et groupement d’employeurs dans l’économie sociale) et la Fehap (Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne) ont évoqué la question de la représentativité – un cheval de bataille de l’ES – car sans participation aux instances de dialogue social national et territorial notamment, qui sont décisionnaires, comment faire entendre sa spécificité et avoir du poids ?

In fine, au cours de cette conférence, on a pu constater un accord des participants sur les atouts intrinsèques de l’ES et son attractivité potentielle dans les années à venir grâce à un modèle dont la pertinence a été mise en valeur par la crise. Les participants sont également tombés d’accord sur la nécessité d’une meilleure représentativité de l’ES et sur le rôle important du territoire comme fédérateur des initiatives diverses autour des besoins communs.