Economie sociale : le Mouvement des entrepreneurs sociaux veut renouveler le genre
11/02/2010
On a beaucoup entendu parler de l’entrepreneuriat social la semaine dernière. Le sujet a fait son entrée dans le débat public. En effet, un mouvement des entrepreneurs sociaux s’est constitué le 2 février, et au cours du salon des entrepreneurs à Paris, le lendemain et le surlendemain, il a été fortement question de ce thème avec des débats sur l’objet et le périmètre de l’entrepreneuriat social, et avec la venue de Mohamed Yunus, fondateur de la Grameen Bank. Un établissement bancaire au Bangla Desh qui consent des micro-crédits à des populations pauvres pour monter leur activité et qui a fait école dans de nombreux pays du monde. Au cours de la même semaine, la chaire de l’entrepreneuriat social de l’Essec lançait à son tour un institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat social (voir encadré).
Tous ces événements s’inscrivent dans un même objectif : faire connaître à un plus large public et faire reconnaître aux pouvoirs publics la notion d’entrepreneuriat social qui pourrait être « une voie de renouvellement de l’économie sociale et solidaire », selon Thierry Sibieude, membre du CA du Mouvement des entrepreneurs sociaux et responsable de la chaire Entrepreneuriat de l’ESSEC. Une notion et l’analyse de ses impacts qui ne sont pas partagées par tous au sein de l’économie sociale et solidaire. Ainsi François Soulage, président du Secours catholique dans La Lettre de l’économie sociale du début du mois de décembre estime que « le concept d’entrepreneuriat social fait simplement référence à des pratiques » et pour cette raison, il lui préfère bien davantage le concept « d’entreprise de l’économie sociale et solidaire », qui « serait de l’économie sociale par son statut et solidaire par ses pratiques ».
Ces débats se déroulent pendant que la mission Vercamer, qui a démarré en novembre 2009, discute du « développement de l’économie sociale et de l’entrepreneuriat social », et au moment même où la DIIESES devient une mission Innovation, expérimentation sociale, économie sociale au sein de la nouvelle Direction générale de la cohésion sociale.
Qu’est-ce que le mouvement des entrepreneurs sociaux ?
Le mouvement des entrepreneurs sociaux (MES) s’est créé le 2 février. Issu du Codes (Collectif pour le développement de l’entrepreneuriat social), un groupe de réflexion pour développer l’entrepreneuriat social, qui avait réalisé, l’année dernière, avec 100 entrepreneurs sociaux, un livre blanc de l’entrepreneuriat social (voir site), le MES qui se veut « un mouvement de personnes et non pas de structures », précise Tarik Ghezali, délégué général du MES, compte actuellement une centaine d’adhérents et vise à en recenser d’ici la fin de l’année, 300 et d’ici la fin 2012, 1000. Ce projet ambitieux est porté par Jean-Marc Borello, président du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Délégué général du groupe SOS) et les vice-présidents sont Jean-Guy Henckel, directeur du Réseau des jardins de Cocagne, Hugues Sibille, président de l’Avise, de l’IDES et directeur général délégué du Crédit coopératif et Rémi Roux, gérant de la Scop Ethiquable. Le Conseil d’administration regroupe plusieurs dirigeants et dirigeantes d’entreprises coopératives, associatives dont certaines sont marquées par leur engagement dans l’insertion, la finance solidaire, le travail pour des personnes handicapées, etc. Figurent aussi au sein de ce CA, des personnes influentes au cœur des réseaux de l’économie sociale et solidaire et de l’entrepreneuriat social.
Le projet du mouvement des entrepreneurs sociaux est vaste et veut être porteur du langage de la preuve
« Nous avons décidé de créer le Mouvement des entrepreneurs sociaux pour nous faire entendre, faire mouvement et changer d’échelle », indiquait Jean-Marc Borello au salon des entrepreneurs, un mouvement dont la « vertu reposera sur des pratiques et non pas des statuts et qui a pour objectif de répondre à des besoins sociaux non satisfaits », poursuivait-il.
Partant du constat que « l’économie sociale et solidaire, dans laquelle évoluent les entrepreneurs sociaux, vit une période cruciale et que les réponses [de l’ESS] n’ont jamais été aussi actuelles », le MES estime, toutefois, que ces initiatives manquent de lisibilité, qu’elles sont confinées à un cercle d’initiés, qu’elles ne sont pas audibles, qu’elles sont dispersées, qu’elles « ne coopèrent pas assez », et « ne sont pas assez porteuses d’un langage de la preuve ». C’est pour toutes ces raisons que ce Mouvement a l’ambition de « changer la donne, en portant une voie nouvelle, construire une communauté active et ouverte d’acteurs de terrain, animés par l’envie de faire mouvement (…) en accélérant la croissance de l’offre, par l’élaboration et la diffusion de propositions structurantes, en faveur d’une économie plus solidaire ».
Qui sont les entrepreneurs sociaux et comment peut-on les définir ?
Selon, le MES, on compte environ 15 000 entrepreneurs sociaux des acteurs de l’insertion, des entreprises adaptées, du commerce équitable, du secteur des services à la personne. C’est un premier chiffre, « on peut même estimer, témoigne Tarik Ghezali, qu’ils sont de 30 à 60 000 si on tient compte du nombre de structures accompagnées par les dispositifs locaux d’accompagnement (DLA) et des nombreuses associations culturelles ».
« Le périmètre de l’entrepreneuriat social, poursuit le délégué général du MES, est constitué d’un faisceau de critères indispensables », dont la non-lucrativité, la recherche de l’implication d’une ou plusieurs parties prenantes dans la gouvernance, une rémunération limitée des apports en fonds propres, les excédents majoritairement réinvestis dans le projet… Un ensemble de critères qui s’applique à des entreprises qui doivent avoir soit une finalité sociale, sociétale, environnementale ou territoriale.
Vers un label « entreprise sociale » ?
Le MES veut porter rapidement dans le débat public la question d’un label de l’entreprise sociale. « Le statut ne garantit pas les pratiques. Si on veut être lisible et crédible, explique Tarik Ghezali, il faut vérifier les pratiques et les certifier. » Les critères retenus par le MES pour définir l’entreprise sociale pourraient « constituer un socle et l’on pourrait envisager, par exemple, un comité de label qui réunirait des acteurs publics et des acteurs du secteur privé non lucratif ».
Toutefois, le projet de label, tout comme le concept d’entreprise sociale, fait l’objet de débats au sein de la Mission parlementaire Vercamer * et ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut. Un certain nombre de représentants de l’économie sociale et solidaire (ESS) y sont défavorables jugeant que cette perspective n’est pas opportune entre autres parce qu’il existe des modes d’approche de ce sujet très différents dans l’ESS. L’attribution d’un label posant aussi la question, « va-t-on l’attribuer au-delà des entreprises de l’économie sociale ? ». La Mission Vercamer n’a pas tranché et selon nos informations ne devrait pas le faire à l’issue de ses travaux.
| Institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat
social L’institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat social (IIES) que vient d’ouvrir à l’ESSEC s’inscrit dans la continuité de la chaire d’entrepreneuriat social qui avait été lancée en 2003. Cet institut a pour objectif de travailler notamment à la création de modèles entrepreunariaux nouveaux, un moyen de changer d’échelle pour la chaire de l’ESSEC qui, outre ses cursus de formation initiale et de formation continue, se distinguait par son programme « Une grande école pourquoi pas moi » et la création d’un incubateur d’entreprises à finalité sociale, Antropia. |
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* : La mission Vercamer doit rendre un rapport au mois de mars sur le développement de l’économie sociale et de l’entrepreneuriat social.
