L’entrepreneuriat social en débat


04/03/2010

Le débat sur l’entrepreneuriat social bat son plein. Suite à la création du mouvement des entrepreneurs sociaux au mois de février, plusieurs articles voulant clarifier cette notion circulent au sein des différentes structures de l’économie sociale et solidaire. Jean-François Draperi, rédacteur en chef de la revue Revue internationale de l’économie sociale (Recma) et professeur au CNAM a fait part de son point de vue dans un texte intitulé « L’entrepreneuriat social, un mouvement de pensée inscrit dans le capitalisme », et la Conférence des coordinations associatives sous la plume de Jacques Henrard, son président vient de livrer à la Lettre de l’économie sociale un article où « les associations ouvrent le débat sur l’entrepreneuriat social et l’économie sociale » (voir encadré).
Décryptage


Les notions de référence de l’économie sociale
C’est à une critique très vive du mouvement de pensée à l’origine de la conception de l’entrepreneuriat social que se livre Jean-François Draperi. Avant toute chose, l’auteur du texte « L’entrepreneuriat social, un mouvement de pensée inscrit dans le capitalisme », tient à réaffirmer le cadre conceptuel de l’économie sociale dans lequel figurent les notions d’émancipation, d’économie a-capitaliste, de mouvement social et de groupement de personnes ». Or justement la notion d’entrepreneuriat social ne revêt pas le même cadre conceptuel. Mais le mouvement des entrepreneurs sociaux sait se faire entendre, et connaît un certain succès notamment parce que l’économie sociale n’a pas été capable de faire mouvement à un moment où justement « en lien avec nouvelles attentes économiques, sociales, culturelles et environnementales, se multiplient les pratiques innovantes en phase avec les principes de l’économie sociale. C’est dans ce manque, et en premier lieu le manque de communication, que se bâtit le mouvement des entrepreneurs sociaux ».

L’entrepreneuriat social : une histoire singulière
Historiquement, l’entrepreneuriat social est un « courant de pensée » fondé sur un projet politique et non « un ensemble de pratiques ». Issu de la philanthropie, ce courant de pensée est né aux Etats-Unis dans les années 90, il repose sur une conception qui fait « le lien entre les grandes entreprises et les populations bénéficiaires des fondations, et consiste à appliquer les méthodes de la grande entreprise dans les activités sociales que ces fondations soutiennent ». Et aujourd’hui, l’entrepreneuriat social se retrouve à la fois au Sud avec la figure emblématique de Mohamed Yunus, un banquier qui permet aux pauvres de créer leur activité, tout en souhaitant au Nord, en Europe, intégrer dans sa conception les acteurs qui sont au cœur des innovations sociales qui ont été portées par l’ESS (coopératives sociales italiennes, belges, espagnoles, SCIC, associations et entreprises d’insertion, etc.). « Le mouvement des entrepreneurs sociaux cherche à regrouper ces nouvelles coopératives, associations et entreprises », toutes ensemble.

Une définition qui prend en compte l’entreprise et non pas l’économie
Mais la définition de l’entreprise sociale formulée par le Collectif pour le développement de l’entrepreneuriat social, créé en 2006, qui est à l’origine du Mouvement des entrepreneurs sociaux, indique que « les entreprises sociales sont des entreprises à finalité sociale, sociétale ou environnementale et à lucrativité limitée et cherchent à associer leurs parties prenantes à leur gouvernance ». Une définition qui rend compte de l’entreprise « de manière large », mais qui n’évoque pas la question de « l’économie », constate Jean-François Draperi. Et, c’est une différence substantielle. C’est pourquoi, on peut considérer que : « L’adoption de l’entreprise sociale par le courant de pensée de l’entrepreneuriat social réduit le projet d’alternative économique ».

Une critique plus fondamentale
Dans sa critique, le rédacteur en chef de la revue Recma va plus loin. Les entrepreneurs sociaux doivent inscrire, à l’instar de nombreux acteurs de l’ESS, les pratiques de l’entreprise sociale en « réinterrogeant l’ensemble du système et « ambitionner de participer à l’émancipation des personnes et à la définition de règles du jeu moins injustes et plus démocratiques » Le projet du Mouvement des entrepreneurs sociaux « est en concurrence avec l’économie sociale parce qu’il définit une autre mise en perspective théorique et politique des entreprises sociales. Alors que l’économie sociale cherche à définir une économie a-capitaliste, l’entrepreneuriat social cherche à définir l’entreprise « humaine ». Il s’agit donc bien de « deux maisons différentes ». Mais dont « les portes sont ouvertes ».


Plaidoyer de la CPCA pour l’entrepreneuriat associatif

Le débat se poursuit aussi dans le mouvement associatif, comme en témoigne l’article de Jacques Henrard dans la dernière Lettre de l’Economie sociale du début du mois de mars. Ainsi la CPCA (Conférence permanente des coordinations associatives) avance la notion d’entrepreneur associatif. Issue d’une « déclaration politique sur l’entreprendre associatif » que l’on doit à un groupe de travail, qui a réuni de nombreux responsables associatifs provenant de tous les secteurs, et ce pendant un an, cette déclaration indique Jacques Henrard, président de la CPCA « réaffirme les principes clés de l’économie associative et de sa plus-value sociale et citoyenne. L’entreprendre associatif produit une économie réelle, créatrice d’une dizaine de milliards d’euros de retombées, employeurs de près de deux millions de personnes. Elle est d’abord une économie du projet avant d’être un projet économique, en ce sens, elle se base sur un entrepreneuriat collectif et non forcément individualisé ». Jacques Henrard demande au mouvement des entrepreneurs sociaux que « cette nouvelle voie (x) [de l’entrepreneuriat social] soit présentée et perçue comme complémentaire aux formes existantes de l’économie sociale et non pas disqualifiante ou subsidiaire ».



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Pour plus d'information :

pucebleue Consultez le texte de Jean-François Draperi

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