Comparaison des motivations entre salariés des associations et du privé, une rencontre fait le point
17/06/2010
Les débats étaient fort intéressants pour ce rendez-vous, le 10 juin, à Paris, du cycle de rencontres entre chercheurs et des acteurs de l’économie sociale et solidaire initié par la Chaire de l’ESS de l’Université de Marne-la-Vallée et que soutient Chorum CIDES. Le sujet, la motivation intrinsèque des salariés, quelle comparaison entre le secteur associatif et le secteur privé, était traité, à partir d’une thèse de recherche consacrée à ce thème et dont l’auteur est Mathieu Narcy, maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil. Un travail qui s’appuyait sur une enquête auprès des salariés en CDI à temps plein dans différentes associations, tout secteur confondu.
L’étude
L’étude a mis au jour trois grandes différences entre les entreprises du privé et les associations où les salaires sont inférieurs en moyenne, et trois grandes similitudes. « Les différences, explique, Hervé Defalvard, maître de conférences à l’Université de Marne-la-Vallée et responsable de la chaire de l’ESS, portent sur la motivation intrinsèque, le rapport à « l’influence » des collègues et le traitement salarial équitable, tout particulièrement entre les hommes et les femmes ; les similitudes soulignent une même charge de travail, un comportement comparable de la part des employeurs et en ce qui concerne la relation à la hiérarchie. Autre enseignement : ce qui pourrait remettre en cause la motivation intrinsèque des salariés dans les associations, ce serait que l’on fasse appel, comme mode de management, à la performance individuelle, à l’incitation monétaire et au contrôle du comportement qui contrecarrerait leur prise d’initiatives ».
La rencontre
Etaient présents, lors de la rencontre, une trentaine de personnes dont de nombreux salariés du secteur et les débatteurs, un salarié de l’Association de sauvegarde de l’enfance du Calvados, également délégué syndical CFDT, Fabrice Deschamps, un salarié d’un centre social et une apprentie travaillant à l’APF, mais aussi une DRH d’un établissement sanitaire et social privé. « Toutes les personnes ayant une activité dans le secteur associatif ont confirmé, constate Hervé Defalvard que la question des valeurs étaient essentielles dans leurs motivations et que le souci de l’utilité était bien présent également ». La responsable des ressources humaines a toutefois souligné, rapporte Hervé Defalvard que cette dimension n’était pas absente dans les entreprises privées classiques et que « l’on y trouvait aussi une motivation et qu’il existait des valeurs ».
Fabrice Deschamps a porté un regard sévère sur le traitement des ressources humaines dans les associations : « Le secteur de l’ESS a mis un certain temps à prendre en considération les outils de la GPEC et l’on n’a pas voulu réfléchir sur les parcours professionnels ». Dans ce contexte, comment faire pour maintenir les motivations ? « Si on prépare le changement, a répondu Fabrice Deschamps, en ayant une politique de l’emploi, on gardera cette motivation, il faut donc construire un parcours professionnel dès l’entrée dans l’activité ».
« Le débat a eu certaines limites » déplore Hervé Defalvard, car l’étude, tout aussi riche soit-elle d’enseignements, était généraliste et ne portait que sur des salariés en emplois relativement protégés. Compte tenu de l’hétérogénéité des associations et des ses multiples caractéristiques différentes, il faudrait faire des études plus ciblées sur tel ou tel secteur du monde associatif pour avoir une photographie plus précise. Et pourquoi pas sur les salariés précaires qui ne sont pas absents parmi le personnel de ces structures ?
