Quand l’économie sociale se saisit de la question de la prévention des risques professionnels
25/06/2010
Dans le cadre de la Semaine de la qualité de vie au travail, CIDES (Chorum Initiatives pour le développement de l’économie sociale), le pôle de recherche et d’action de Chorum, organisait une journée d’action « Agir pour la prévention des risques professionnels dans l’économie sociale et solidaire ». Plus de 200 personnes se sont retrouvées dans le cadre champêtre du Bois de Vincennes pour échanger sur les constats, les connaissances et les pratiques. Étaient présents des organismes employeurs, des syndicats salariés, des représentants des grands mouvement associatifs, mais aussi des acteurs de terrain (directeurs-trices de structure, DRH ou membres des CHSCT) et des professionnels de santé (médecins du travail, ergonomes…), très intéressés par des projets concrets de démarche de prévention des risques professionnels.
« La journée d’action du 23 juin est l’aboutissement d’une démarche qui a démarré début 2010, rappelle Brigitte Lesot, directrice générale de CIDES, en ouverture de la journée : Chorum avait décidé de lancer, en direction de ses adhérents, un appel à projets pour soutenir des actions de prévention. L’idée était, d’une part, de proposer un accompagnement concret à nos adhérents, ce qui relève de nos actions d’acteur de la protection sociale, et, d’autre part, de donner une visibilité aux actions mises en place dans l’économie sociale, dans des structures qui ont répondu de différentes manières aux problématiques rencontrées. »
Expertise et valorisation
« Chorum est un acteur de la protection sociale, note Emmanuelle Paradis (CIDES). Or, face à l’absentéisme des salariés, on peut avoir une réaction de gestionnaire et augmenter les cotisations pour couvrir les risques, ou se demander pourquoi il y a tant d’absentéisme et agir sur les causes », dépasser la réparation pour privilégier la prévention. C’est fort de ce postulat que Chorum, par le biais de CIDES, a décidé de s’atteler à cette problématique.
CIDES accompagne les branches professionnelles et les mouvements de l’économie sociale et solidaire dans une optique d’amélioration globale des conditions de travail et de réduction des accidents de travail. Il s’appuie sur des principes forts, comme le rappelle Brigitte Lesot : développer la connaissance et aller vers une culture de la prévention, identifier les étapes d’une démarche efficace sur la durée, notamment en termes d’organisation du travail ; engager des actions concrètes et adaptées qui impliquent les salariés « premières victimes et premières ressources », et identifier un réseau d’acteurs prestataires issus de l'économie sociale. CIDES propose donc des outils qui relèvent plus de la méthodologie pour appréhender les risques professionnels que d'un recueil de solutions clé en main : des études documentaires sur la santé au travail dans l’économie sociale (à lire ici), des fiches pratiques pour mettre en œuvre une démarche de prévention des risques professionnels, des guides pratiques de la prévention dans des branches spécifiques du secteur (à consulter ici).
Les prix territoriaux, organisés en partenariat avec l’Anact (www.anact.fr), l’Aract Île-de-France (www.aractidf.org), Siel bleu www.sielbleu.org) et Santé & travail (www.sante-et-travail.fr), s’inscrivent bien le prolongement de cette démarche d’accompagnement de valorisation.
Des constats
François Desviaux, rédacteur en chef de Santé au travail part d’un constat : « ce n’est pas parce que nos entreprises ne sont pas au CAC 40, qu’il n’y a pas les logiques financières qui induisent des conditions de travail pénibles, qu’il n’y a pas de problèmes de santé au travail dans l’ESS ». Des problèmes que la réforme des retraites annoncée rend plus prégnants quand on sait que les salariés vieillissants développent plus de pathologies et qu’ils supportent moins les contraintes liées au travail dans l’ESS : horaires atypiques, travail de nuit, contrainte de temps, postures pénibles… « Si les entreprises du secteur de l’ESS veulent se distinguer, c’est maintenant qu’il faut se préparer pour éviter l’usure professionnelle des salariés. »
Matthieu Hély (http://matthieu.hely.perso.sfr.fr), sociologue et maître de conférence à Paris X Nanterre, remet en perspective le travail dans l’économie sociale : « le monde associatif, qui historiquement est le monde de l’engagement citoyen, devient un monde du travail ». L’emploi associatif augmente deux fois plus vite que l’emploi salarié du secteur marchand ou dans la fonction publique. On passe d’une association « traditionnelle », fondée sur le bénévolat, à l’entreprise associative employeur ; une transformation « irréversible » qui entraîne des mutations dans l’organisation du travail associatif. On assiste ainsi à « l’émergence des travailleurs de l’utilité sociale dont le contenu du travail est évalué en fonction de l’utilité sociale qui devient une norme du travail associatif ». Une évolution qui n’est pas sans conséquences sur la survenue de risques professionnels.
Risques ou troubles ?
Carole Testard (OETH www.oeth.org) explique que depuis trois ans, son association, qui développe essentiellement des dispositifs financiers destinés à compenser des situations de handicap, a décidé « d’adopter des perspectives inverses et de limiter l’apparition ou l’aggravation d’un handicap d’origine professionnelle ». Il est vrai qu’en Ile-de-France, le nombre de maladies professionnelles liées aux TMS est plus important dans l’ESS que dans le BTP… Au nombre des priorités en matière de prévention des risques professionnels : les TMS, les risques psychosociaux et les risques routiers. Carole Testard ne peut que constater que le sujet préoccupe les structures de l’ESS et poursuit : « Les publics les plus exposés aux risques psychosociaux sont les moins qualifiés et ceux qui sont en contact permanent et quotidien avec les usagers (AMP, ASH, aide-soignants). » La solution est sans doute à rechercher « dans leur montée en compétence », mais également dans la formation des dirigeants et de l’encadrement de proximité, « souvent venus du terrain », aux notions de GRH, organisation et conditions de travail.
Sophie Savereux (Aract Île-de-France) ne dit pas autre chose en expliquant que son association poursuit ce travail de fond sur le management de la prévention des risques professionnels. Elle relève que l’ESS est « très imprégnée du sens du travail et des valeurs ». « C’est une des complexités de vos activités qui nécessite de se mettre au clair entre soi sur les niveaux de qualité attendus au regard des niveaux d’investissement dans la réalisation de la mission. »
Laurent Van Belleghem, ergonome (Scop Omnia) s’interroge sur la propension des structures de l’ESS à voir dans le contact avec l’usager un risque en soi. « Ce n’est pourtant pas un facteur de risque, mais une caractéristique de l’activité qui peut être une contrainte. Le risque survient quand il faut faire face à cette contrainte. » « La question du lien entre TMS et risques psychosociaux aurait avantage à se poser comme des effets d’une même réalité ». Il préfère d’ailleurs parler de « troubles psychosociaux ». « Cela nécessite une méthodologie d’analyse de l’engagement au travail et une approche opérationnelle de la prévention qui sache mobiliser les ressources organisationnelles ; l’organisation peut être considérée comme un facteur de risque, mais c’est plutôt une ressource dans l’activité. »
Sandro de Gasparo, également ergonome de la Scop Omnia, en présentant un cas concret d’intervention dans un Ephad relève ainsi que « l’activité consiste à tenir ensemble des exigences qui d’emblée ne vont pas ensemble ». Cette forte disparité entre une promesse de service et des moyens pour tenir la promesse est une source de tension.
Innover pour prévenir
Émilie Lelong (ergonome au SSTNFC www.sstnfc.org) présente des actions suivies par son organisation : une action collective autour d’un groupe de travail régional sur les risques biologiques dans l’aide à domicile et qui réunissait des IRP, des infirmières, des médecins et les intervenants du SSTNFC et une action individuelle dans une maison de retraite autour des TMS et des risques de chute. Les salariés ont été très impliqués dans cette démarche et c’est bien l’observation de leur pratique quotidienne qui a permis de proposer des solutions ergonomiques.
Une participante, qui travaille dans une association intermédiaire, se demande comment il est possible de mettre en œuvre un document unique d’évaluation des risques quand les salariés sont mis à disposition dans des secteurs très différents, jusqu’à 6 ou 7. « L’évaluation doit être faite par secteur d’activité », explique Sophie Savereux en y associant les structures partenaires. Emmanuelle Paradis complète en expliquant qu’une étude collective dans des structures d’insertion a révélé que plus que le secteur d’activité, c’était bien la situation d’insertion qui était à cibler par les actions de prévention.
Les lauréats des prix territoriaux intervenaient tout au long de la journée pour présenter les démarches concrètes de prévention suivies dans leur structure. L’occasion pour les participants de constater que, quelle que soit la taille des structures et leur organisation, impulser des actions de prévention est toujours possible (et souhaitable…) pour peu qu’on s’y attelle collectivement.
Au regard des actions entreprises par les lauréats, on peut se demander pourquoi les structures de l’ESS ont tardé à s’emparer de la question de la prévention des risques professionnels. « Parce qu’elles étaient concentrées sur leur projet, répond un participant. Elles se sont plus préoccupées de leur objet social que de son exécution pratique. » Un autre poursuit : « Les réseaux d’accompagnement des structures de l’ESS doivent faire de la prévention des risques professionnels un point fort de leur intervention. On s’est sans doute trop préoccupé de l’emploi, pas assez du travail et de ses conditions… » Emmanuelle Paradis ne peut que conclure avec une note d’optimisme : « l’ESS a montré sa capacité à se remettre en cause ; c’est un secteur où on a l’habitude d’analyser ses métiers, de réinterroger ses pratiques et son projet. D’une part il y a une prise de conscience, d’autre part, il y a une volonté d’agir. »
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« Agir pour la prévention des risques professionnels dans l’économie sociale et solidaire »
Les prix territoriaux « Agir pour la prévention des risques professionnels dans l’économie sociale » ont permis de soutenir des actions de prévention des risques professionnels mises en œuvre par des structures de l’économie sociale (associations, mutuelles…) adhérentes en prévoyance à Chorum.
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