Les prix territoriaux : une démarche globale pour une application particulière


25/06/2010

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picto sante et travailpucebleue  « Agir pour la prévention des risques professionnels dans l’économie sociale et solidaire »

Les prix territoriaux « Agir pour la prévention des risques professionnels dans l’économie sociale » ont permis de soutenir des actions de prévention des risques professionnels mises en œuvre par des structures de l’économie sociale (associations, mutuelles…) adhérentes en prévoyance à Chorum.
 

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La journée d’action du 23 juin organisée par CIDES, Chorum Initiatives pour le Développement de l’Economie Sociale, souhaitait valoriser des démarches de prévention des risques professionnels dans des structures de l’Economie Sociale et Solidaire. 5 lauréats ont été distingués qui ont tous fait de l’organisation globale du travail dans leur structure une cible d’intervention.

Des principes et des critères
« Nous voulions sensibiliser à la question des risques et à la prévention dans l’ESS, en valorisant les pratiques, explique Charlotte Dunoyer de Segonzac, chef de projets Emploi et Ressources Humaines, en charge de l’instruction des dossiers des lauréats des Prix territoriaux CIDES. Nous voulions mettre en avant des démarches méconnues, permettre aux structures d’identifier les acteurs institutionnels (Aract, Anact…) et les acteurs internes : médecins du travail, CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions du travail), délégués du personnel et employeurs. » Plusieurs critères ont donc présidé au choix des lauréats : l’implication des salariés et de leurs représentants du personnel, l’identification préalable des risques professionnels, l’inscription du projet dans la durée, une approche globale des conditions du travail, prenant en compte les facteurs organisationnels, la mise en œuvre d’une démarche appuyée sur une organisation interne et la mise en œuvre de partenariats locaux. « L’implication de l’ensemble des salariés est essentielle puisque ce sont les premiers concernés par les risques et les meilleurs informateurs sur la réalité du travail », reconnaît Charlotte Dunoyer de Segonzac et les projets retenus font tous intervenir les délégués du personnel ou le CHSCT, aux côtés de la direction et des médecins du travail. Les structures ont privilégié une analyse de l’organisation globale du travail et de ses conditions dans leur démarche de prévention des risques professionnels. « Car à terme, il s’agit bien d’adapter le travail à l’homme et non l’inverse. » Un principe fort de CIDES.

Des lauréats représentatifs de la diversité de l’Economie Sociale et Solidaire
Le Centre de culture ouvrière (CCO) de Marseille gère depuis 1960 des équipements sociaux de proximité, implantés en pied d’immeubles dans les quartiers sensibles de la ville. Le CCO emploie 250 salariés en permanence (101 équivalents temps plein) dans des centres sociaux, des maisons pour tous, des plateformes de services publics, des lieux d’accueil pour les bénéficiaires du RSA, un point d’appui d’aide aux personnes étrangères et un service d’accompagnement vers l’emploi des personnes handicapées.
« On a toujours été sensible aux difficultés que le personnel pouvait rencontrer dans le face à face avec le public », rappelle Rémi Vezian, directeur général du CCO. « Nous avons donc mis en place dès 2006 des procédures qui passent par le dépôt de plainte à chaque agression subie par nos salariés, par une communication à destination des habitants et des usagers sur cette démarche, par un accompagnement individuel ou collectif avec l’aide d’un psychologue extérieur, le déplacement de personnel sur d’autres sites en cas de problèmes graves, l’aménagement des locaux et la mise en place de groupe de travail collectif sur ces questions. »
La démarche de prévention des risques professionnels mise aujourd’hui en place par le CCO poursuit une politique active et participative de prévention et d’amélioration des conditions de santé au travail dans des structures particulièrement confrontées à la violence des usagers. Les axes de prévention concernent donc les facteurs de risques psychosociaux, les risques routiers (avec de nombreux déplacements collectifs) et alimentaires (notamment dans les cantines des centre de loisirs), les risques physiques, les TMS en premier lieu. C’est la prise en considération de la multiplicité des activités du CCO dans les démarches de prévention suivies et un positionnement très actif de la direction qui ont retenu l’attention du jury des Prix territoriaux.

L’Association des parents et amis d’enfants inadaptés de Séonais (Apeis) de l’Yonne accueille et accompagne près de 400 personnes déficientes mentales, polyhandicapées et autistes. Près de 400 salariés interviennent sur 8 établissements différents. « En 2003, on a commencé à s’interroger sur les risques psychosociaux sans trop savoir ce que c’était ; les médecins du travail avaient remarqué une augmentation des visites des salariés et du temps de consultation, puis une augmentation des accidents de travail. On devait donc agir pour comprendre ce qui ce passait » explique Jérôme Léglise, membre du CHSCT. Pour clarifier cette situation, l’Apeis 89 fait appel en 2008 à Bourgogne Ergonomie à Dijon pour une démarche d’évaluation des risques psychosociaux.
Pour prévenir et diminuer ces risques, l’association a décidé de mettre en place des groupes de travail dédiés, avec pour objectif de former des « personnels référents risques psychosociaux » dans chaque établissement pour prévenir les situations conflictuelles liées aux pathologies des personnes accueillies et de créer des groupes d’analyse des pratiques professionnelles. Le CHSCT et les médecins du travail ont été particulièrement impliqués dans cette démarche, largement soutenue par la direction. « Le jury a été séduit par le fait que les règles du métier et les pratiques individuelles puissent être mises en débat collectivement. » L’Apéis invite ses différentes structures à participer à l’élaboration des règles et d’un tronc commun de connaissances. La forte implication du CHST et de la médecine du travail a également été récompensée.

La Mutualité française Jura, créée en 1904, gère aujourd’hui 27 services et centres de soins et d’accompagnement mutualistes : centre optique, dentaire, Ephad, pharmacie… « Chaque secteur a ses propres exigences et contraintes entraînant des facteurs de stress, reconnaît Valérie Michel, DRH de la Mutualité Jura. Par exemple, l’activité des 4 centres optiques évolue vite, les prix sont aujourd’hui encadrés, la clientèle volatile et exigeante et le métier va vers le côté commercial. Le travail dans l’Ephad, c’est des budgets encadrés, un travail avec les tutelles et des relations avec les usagers et les familles un peu compliquées. »
En outre, la Mutualité Jura connaît, depuis quelques années, un fort développement qui l’a conduite d’une prise en charge individuelle des situations de stress à des actions d’amélioration des conditions de travail plus globales et collectives qui font intervenir l’ensemble des structures et donc les différents métiers.
« Ils ont su trouver des intervenants extérieurs (Fact Franche-Comté) et se remettre en question sur cette prise en charge individuelle du stress, pour aller vers une analyse de l’organisation globale du travail, souligne Charlotte Dunoyer. Les délégués du personnel sont clairement impliqués. Ils ont su tirer parti d’un incident interne pour réinterroger leur démarche de prévention. »

L’Esat (établissement et service d’aide par le travail) Jules et Marcelle Levy, à Paris, accueille 65 personnes en situation de handicap mental, moteur ou atteintes de troubles psychiques sur des activités qui vont de la mise sous pli au conditionnement en passant par la restauration et la reliure d’ouvrages anciens. « La prise en compte d’une problématique autour des conditions de travail a abouti à la validation, dans le plan de formation, d’une formation gestes et postures menée en 2010. À la suite, deux questions fondamentales se sont posées : comme faire que cette formation ne s’étiole pas avec le temps et comment faire pour que les salariés handicapés s’approprient réellement cette formation et en tirent de réels bénéfices ? », explique Stéphane Pouilot, directeur de l’Esat.
Plusieurs actions sont envisagées au nombre desquelles la formation d’un référent en prévention des TMS qui animera plusieurs rencontres annuelles sur ces questions dans un objectif de pérennité de la démarche, et des supports de communication internes (films, affiches) réalisés avec la participation des travailleurs handicapés. L’originalité de cette démarche de prévention des risques professionnels tient à cette implication étroite des délégués du personnel et des travailleurs handicapés. « Le jury a été particulièrement séduit par le fait que les travailleurs handicapés étaient pleinement acteurs de leur prévention. On peut parler ici d’une logique d’innovation », note Charlotte Dunoyer

L’Association de soutien et de services d’aide à domicile (Assad) de la Vallée de Chevreuse (78) emploie 48 professionnelles qui interviennent auprès de 475 bénéficiaires sur des activités de soins, d’aide à la toilette ou de soutien psychologique. Ces dernières années, l’association s’est orientée vers la grande dépendance qui demande une prise en charge spécifique. « Dès 2004, face à le recrudescence des accidents du travail, on s’est préoccupé des TMS avec des formations gestes et postures. Mais on s’est rendu compte que les problèmes psychosociaux étaient en forte progression. Ils étaient étroitement liés à un changement de la population de nos bénéficiaires, en grande difficulté ou en situation de grande dépendance. Or nos salariées ne possédaient pas les moyens suffisants pour répondre à ces stress », reconnaît Marie-Paule Le Bivic, directrice de l’Assad. L’association met alors en place des binômes de travail pour les cas les plus lourds.
L’Assad s’attache aujourd’hui à des actions de prévention des risques psychosociaux qui privilégient une participation active des salariées. Elle souhaite ainsi mettre en place des formations liées à la psychologie des personnes âgées, des cycles de conférence ouvertes à tous (bénéficiaires, familles, professionnels) autour des spécificités de son activité, des groupes de parole thématiques avec des professionnels extérieurs et des moments de convivialité pour sortir les aides à domicile de leur isolement. « Le jury a apprécié que la démarche comporte un effort pour valoriser une profession méconnue et en manque de reconnaissance, et une analyse des risques, pas seulement ergonomiques, dans une démarche globale », explique Charlotte Dunoyer. Autre point positif, les groupes de parole créés pour lutter contre l’isolement qui représentent une première dans le processus de gestion d'un problème central dans l’aide à domicile.





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